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Sur une île de fer Face à une île de craie Des hommes rudes montent des pylônes Des ventilos pour chatouiller Éole. Petites filles le nez sucré dans la barbe à papa Petits garçons essoufflés dans les moulins multicolores — Qu’est-ce tu feras quand tu seras grand ? — Je ferai les choses en grand ! Parents, faites gaffe aux Rosebuds Que vous offrez aux enfants. — Paul Sanson |
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Rosebud
Rue des Mésanges
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Quelque part sur une île de la mer Sainte-Marie, sous le ciel de craie Forcément. Dans la rue des Mésanges Nichent de drôles d’oiseaux Distraits. Chaque jour, ils suivent les Mésanges Et visitent la rue du Paradis À l’angle. Le panneau « Rue des Mésanges » S’estompe tel la Peau de Chagrin De Valentin. Ce n’est que le Temps qui passe Le temps des mésanges, envolé Bientôt. Oiseaux distraits, suivez les mésanges Entrez dans la rue du Paradis Avec les anges. — Paul Sanson |
Ce qui sert à Rien
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Au début, il y avait Rien. Rien, au bord du néant d’ennui, Se posa la question : « Pourquoi y a-t-il Rien ? » Essayant de résoudre ce problème méta, Rien expérimenta beaucoup, sans succès, Et il en résulta un bazar pas possible : Le Monde. Le monde actuel est donc un tentative ratée, N’injurions pas l’avenir, disons « Non encore aboutie » De répondre à une question méta sur Rien. Si par malheur, Le Monde résolvait la question, Il ne servirait plus à Rien. — Paul Sanson |
Dans la maison du rire
| Dans la maison du rire la bonne n'est pas sage, et son bouquet éclate de rire. Poussée devant, la timide tulipe s'empourpre à vue d'œil. La barbe de grand-père a mis bien du désordre. — Paul Sanson |
Une bouteille à la terre
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J'ai jeté une bouteille à la terre La terre a bu la bière. Après une ou deux ères, Dedans germa une pousse littéraire. J'ai jeté une bouteille à la terre Toi, passant passant, mon frère Si là tu vois les vers dans le verre vert Pense à lire la pousse prisonnière. — Paul Sanson |
Mobilis in mobili
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Mobilis in mobile, Captain Némo, est marqué sur ton capot Vingt mille lieues dans la France du milieu Vingt mille lieux sur la route des dieux La couleur de la foule fond où le vélo roule à fond C’est beau à voir un coureur en cet étroit couloir. Mobilis in mobili : mobile dans l'élément mobile — Paul Sanson |
La machine à créer
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C’est une machine (M) créée pour créer. Elle a bien marché ; elle a créé un truc (t) Personne (P) n’a compris ce... machin rose Tous sont restés cois : À quoi ? pourquoi ? c’est quoi ? — On a jeté t — On a jeté M Elle n’a manqué à Personne. — Paul Sanson |
Shéhérazade
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Vieux, j’ai fait un vœu à Dieu : Ô Dieu des vieux, qui me jeta à Terre Qui fit de moi ton jouet à jeter Le jour où, ma vie tarie, je me tairai à jamais. Donne-moi la grâce de Shéhérazade Qui en songe construit chaque nuit, Une histoire, un monde, une vie, Que le jour elle offre à ta consolation. Alors, dans mille et une nuits, Pour te garder d’ennuyer Tu voudrais me garder. — Paul Sanson |
Est-il libre Max ?
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Zoo de Londres 1980
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Qui dit zoo, dit grilles et barreaux. « Où sont les barreaux ? », demandé-je à Adam Labrosse, auteur de ce cliché. « Facile, avec un 85mm à F1.4 le champ net n’est qu’une lame de rasoir. Les barreaux ont fondu dans un flou Hamiltonien qui sied à cet admirable sujet ». Ainsi soit-il. Labrosse ajouta : « C’est Max, le mâle dominant du groupe des macaques ; c'est lui le boss. Il règne sur une douzaine de femelles qui lui quémandent ses faveurs et une douzaine de jeunes mâles dont il doit arbitrer les incessantes chamailleries. Le reste du temps, il regarde à travers les barreaux ». Émilie Brontë prétend qu’il y a deux sortes d’hommes : ceux qui recherchent le pouvoir et ceux qui recherchent la liberté. Évidemment, la liberté de Brontë n'est pas l'espérance du prisonnier dans sa geôle, c'est la sensation de « se sortir de soi » qui a pour vertu de repousser l'angoisse. Max a le pouvoir ; inné, absolu. Mais l’a-t-il cherché ? On ne dirait pas. Il est privé de liberté. Mais la cherche-t-il ? On dirait bien. Ou est-ce le contraire ? Ne serait-il pas plutôt prisonnier de son lourd héritage ? La quête dans son regard n'est pas l'évasion de sa cage de fer. Ses vrais barreaux ce sont ses sujets, sa cage c'est lui. Émilie Brontë c'est lui. — Paul Sanson |
Puzzle lexical
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Le gouvernement rationne, car c’est son boulot Sinon à quoi servirait-il ? Sinon il serait inutile. Alors, il rationne tout, même les rots et les mots. Ce matin je suis allé quérir mon quota de bons-mots Dans une boîte lexicographique ils sont bien rangés A comme amour, B comme Boisson, … en quatre rangées Ma mie me dit « allez, dis-moi dix mots ! » Au hasard des cases, six mots je tire : « pas mousse roule n’amasse qui pierre » Avec ces mots tout mélangés que vais-je faire ? À ma tendre amie que vais-je dire ? — Paul Sanson |
Rationnement lexical
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Le gouvernement a trouvé que le peuple papote abondamment. Le peuple si on l’écoutait, il ne ferait que blaguer, que parloter. Ses discours de comptoir sur le foot et les femmes épuisés, Il irait même jusqu’à dire, prédire et médire du gouvernement. Le gouvernement a décrété qu’il fallait rationner les mots : Tant par personne, disons 167 par jour, et pas un de plus ! Quand ma tendre amie, beauté éloquente s’il en fut, Tombe à court de verbe, je lui offre mes bons de mots. — Paul Sanson |
Lost and lost in translation
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On dit qu’on perd toujours en traduction, Ah bon ?
Prenons une phrase bien d’actualité.
Traduisons-la en anglais (avec google) et d’anglais en
allemand (avec google), etc.
Faisons cela sept fois (car 7 porte bonheur) avec un retour
au français.
Que pensez-vous qu’il advena ?
Hourra ! on respire, la cage enfin est ouverte !
Ouvrez, ouvrez, la cage aux oiseaux
Open, open, the bird cage
Öffnen Sie, öffnen Sie, der Vogelkäfig
Abierto, abierto, la jaula de pájaros
Apri, apri, la gabbia per uccelli
Öppen, öppen, fågelburet
オープン、オープン、鳥かご
فتح ، فتح ، قفص العصافير
Ouvert, ouvert, cage à oiseaux.
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Garage Azur
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Au bout de mon village était un garage, « Azur » disaient les lettres d’un mètre de haut, À sept ans tout a un mètre de haut. Un vieux bigleux tanné de suie, Hantait cette caverne gluante d’huiles aux senteurs de cambouis. Entre lunetteux on se comprenait ; Et quand je me glissais entre les carcasses éventrées, Il ne faisait pas semblant de ne point m’avoir reluqué. Pelotonné, dans les odeurs de graisse envoûté, Je remontais en ma mère, ma future mère la machine, Où ma vie durant, Je vécu en héros de la jungle des rouages et des cardans. — Paul Sanson |
Le jardin des villes et le jardin des champs
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Le jardin des villes est une île dans le béton Avec une grille qui longe le bitume, et des arbres en prison. Au pains sec et à l’eau, barbotent trois canards Et gloussent deux petites filles à la barbe de papa. Il suffirait de franchir l’enclos, Pour se faire insulter, Se perdre dans les rues et se faire écraser. Le jardin des champs est une ville de carrés Avec des rues étroites et des allées de gravier. Le potager est bien aligné en rangs serrés, Car ici règne la loi du roi jardinier. Il suffirait de sauter la haie, Pour fuir dans la nature immense, Se perdre dans les prairies et les forêts. Jardin prison, jardin cocon, En ton sein rond j'apaise en prière Mes angoisses de pierre et de vert. — Paul Sanson |
Narcissisme Végétal
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Le narcisse est un végétal Le tamaris est un végétal Donc le tamaris est un narcisse Syllogisme per abductio Logique pour idiots ? Non, voici un exercice : Soit un tamaris vertical Prenons une photo qu’on décale En abscisse se penche le tamaris ! Hello c’est moi sur la photo ! Vois en entier mes biscotos Moi-je, tamaris narcisse. — Paul Sanson |
La gentille girafe géante
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Tous les ans, le zoo de la Palmeraie organise un concours de Miss et cette saison, c’est au tour des girafes de briguer la palme. Voici les scores : Nom Girafe Genre Gentille Géante Total Position Germaine 1 1 18 15 35 1 Geronimo 1 0[1] 10 18 0 - Gertrude 0[2] 1 5 5 0 - Géraldine 1 1 16 12 30 2 Gervaise 1 1 10 10 22 3 [1] C'est un mâle. Éliminé ! [2] C'est une autruche déguisée. Éliminée ! Germaine est élue Miss Girafe 2016 ! Elle porte fièrement sa couronne de Miss à bicorne. Les enfants des écoles se pressent sur l’estrade dressée à sa hauteur (c’est elle la plus géante) et la caressent sans appréhension (c’est elle la plus gentille). Elle pose pour les selfies et signe des autographes avec sa langue bleue. Dépités, Geronimo, Géraldine et Gervaise cassent le morceau de sucre dans son dos et broutent sa double ration de fourrage. — Paul Sanson |
Je tourne en rond
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Je tourne en rond Tu sais que quelques fois je me sens seule et perdue Est-ce que tu me reviendras Je tourne en rond Tu sais que quelque fois je me sens loin de toi Dis est ce que tu te souviendras de moi Je tourne en rond Sur la terre entière je me sens abandonnée Dis est ce que tout ça va changer Je tourne en rond Pour habiter ma solitude de mon mieux Moi qui ne sais qu'être deux Je tourne en rond sans toi Tu sais que quelque fois j'ai peur de toi Je tourne en rond sans toi Tu sais que quelque fois j'ai peur de moi. — Bonnie Tyler, Turn around |
Je ne jette rien
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Ça peut toujours servir, on ne sait jamais. Il suffit de jeter quelque chose et aussitôt ça manque cruellement « Ah si j’avais su ! ». Les petits hommes verts prétendent que jeter c’est Mal. Tout finit dans les caniveaux, les ruisseaux, les fleuves, les océans et s’agglutine dans le Sixième Continent. L’instinct de conservation remonte à la nuit des temps. Prenez ce fossile, l’ammonite, quand elle grandit, elle sort de sa coquille mais elle ne jette rien. Elle construit sa nouvelle maison de calcaire en s’appuyant sur la précédente, et ainsi de suite. Elle traîne derrière elle toutes les maisons qu’elle a successivement habitées. Cela fait éclore de beaux coquillages, aux spirales hélicoïdales parfaites, dans les vitrines des boutiques de vente de minéraux rares. Je suis comme l’ammonite, j’accumule, j’entasse, je collectionne les petites et les grandes choses, les petits et les grands souvenirs. Ma mémoire est infinie, je me souviens de tout. Tel Atlas condamné à jamais, je porte sur mes épaules ma vie passée, fossilisée. Je courbe l’échine sous le fardeau, j’ai de plus en plus de mal à avancer. — Paul Sanson |
Photo de classe
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cliquer pour voir les moustaches
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– Sûre que je vais conserver pieusement cette photo de mon
année du bac.
– Ah la mièvrerie des filles ! Je ne vois pas l’intérêt d’avoir
ressuscité cette vieille coutume des photos de classe, morte depuis trente ans.
On est alignés comme des oignons tous pareils.
– C’est la faute à la Seconde Peau. J’ai eu la mienne à sept
ans. Avant le Symbion, il paraît que c’était juste une pâte appliquée sous les
yeux des vioques pour effacer leurs poches.
– Avec cette saloperie de Symbion qui broute les cheveux, on a
tout le temps froid à la tête. Heureusement qu’en dernière année, on a le droit
de porter des bonnets un peu différents. Mais la Peau gomme complètement les traits
et on ne distingue même plus les garçons des filles. Moi, je me suis fait des
moustaches pour qu’on voit que je suis bien un garçon.
– Et du coup moi aussi je suis facile à repérer ; je suis
la fille à la droite des moustaches… heu, c’est quoi des moustaches ?
— Paul Sanson |
Palimpseste nocturne
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La nuit je dors, j'invente des histoires Au matin, envolées ! Alors, il me faut les noter. Pour ne pas éveiller ma bien aimée, Furibarde, dès que dérangée, J'écris dans le noir au stylo des astros. Mais quand on dort, on ne pense pas À tourner les pages. Les bribes se chevauchent, quel hachis ! Au matin étonné, Reste à expliquer les lambeaux mêlés, Palimpseste nocturne de mes pensées. — Paul Sanson |
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