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Ponctuations

Ce n'est pas pour me vanter,
Disait la virgule,
Mais, sans mon jeu de pendule,
Les mots, tels des somnambules,
Ne feraient que se heurter.

C'est possible, dit le point.
Mais je règne, moi,
Et les grandes majuscules
Se moquent toutes de toi
Et de ta queue minuscule.

Ne soyez pas ridicules,
Dit le point virgule,
On vous voit moins que la trace
De fourmis sur une glace.
Cessez vos conciliabules
Ou, tous deux, je vous remplace!

— Maurice Carême (1899-1978)

La guerre des bleus et des marrons

Les bleus étaient courageux
Les marrons n'étaient pas des poltrons
Ils se firent la guerre
Mais à la guerre, tout le monde perd
Si bien
Qu'à la fin
Les bleus avaient reçu des marrons
Et les marrons étaient couverts de bleus
Ils comprirent alors
Qu'ils avaient eu tort
Qu'il n'y a pas de couleur
Aux autres supérieure
Et que c'est en étant unis
Qu'on trouve l'harmonie.

— Gérard Miro

Confettis

Photo gérard Miro
Si tu dis oui,
Confetti.
Si tu dis non,
Cotillon.
Si tu dis oui,
Accroupi.
Si tu dis non,
Tourne en rond.
Si tu ne dis
Ni oui, ni non,
Tourne en rond,
Accroupi.
Cotillons et confettis.

— Comptine

Retard coupable

J'étais arrivé très en retard
à mon rendez-vous.
Il faisait un froid de canard.
Malgré ce froid et cette neige,
elle m'avait attendu, c'est fou !
Honteux et désespéré
j'allais éclater en sanglots
lorsque derrière moi,
j'entendis sa voix !
Lassée de m'attendre,
elle avait construit cette statue
de glace à son image
puis s'était cachée à proximité
pour surgir au bon moment
et me faire peur.
Ah, la bonne farce !

— Gérard Miro


La lessive

Quand chacun
Est décidé
À y mettre du sien
Il ne faut pas hésiter à laver
Son linge sale en famille
« La lessive, c'est un travail de fille »
Dit le garçon
Qui fait des bulles de savon
La fille trie les chaussettes
Et les serviettes
Qu'elle ne mélange pas avec les torchons
Car elle connaît le dicton
Le père conseille fort
À chacun de ménager ses efforts
Pour ne pas finir « lessivés »
La mère qui justement
À ce moment
Commence à fatiguer
Annonce qu'elle va mettre en route
La machine. Le garçon crie : « En avant, toute ! »
Mais où est passée la chatte ?
Demande la mère... Ah !, je vois une patte
Elle s'était cachée dans le tambour !
De bêtises, elle n'est jamais à court
Eh bien ! ma belle,
Tu l'as échappé belle !

— Gérard Miro

Le sac poubelle

Un sac poubelle
Sur un arbre perché
Sentinelle
Dans le ciel bleuté
C'est moins naturel qu'une hirondelle
Sa présence nous interpelle
C'est la faute au vent
Forcément
Disent les gens
En passant
Sans être devin
On peut avoir une idée du destin
De ce plastique abandonné
Les corbeaux viendront le picorer
Il va se fragmenter
Et s'éparpiller
A moins qu'il ne soit décroché
Par un employé de la municipalité
Pour être recyclé
Pourquoi ne pas croire aux contes de fées ?
Une éventualité
Qui permet à cette histoire
De nature abîmée
De se terminer sur une note d'espoir.

— Gérard Miro

Les griffonnages de l'écolier

Charle (sic) a fait des dessins sur son livre de classe.
Le thème est fatigant au point, qu'étant très lasse
La plume de l'enfant n'a pu se reposer

Qu'en faisant ce travail énorme: improviser
Dans un livre, partout, en haut, en bas, des fresques
Comme on en voit aux murs des Alhambras moresques
Des taches d'encre, ayant des aspects d'animaux
Qui dévorent la phrase et qui rongent les mots
...

—  L'art d'être grand-père - 1877- Victor Hugo - extrait
Les griffonnages sont de l'écolier Gérard Miro en personne.

Ce qui sert à Rien

Au début, il y avait Rien.
Rien, au bord du néant d’ennui,
Se posa la question : « Pourquoi y a-t-il Rien ? »

Essayant de résoudre ce problème méta,
Rien expérimenta beaucoup, sans succès,
Et il en résulta un bazar pas possible : Le Monde.

Le monde actuel est donc un tentative ratée,
N’injurions pas l’avenir, disons « Non encore aboutie »
De répondre à une question méta sur Rien.

Si par malheur, Le Monde résolvait la question,
Il ne servirait plus à Rien.

— Paul Sanson

Je pense donc j'oublie

Qu'est ce qui fait tourner la terre ?
Comment s'est créé l'univers ?
Pourquoi tant
De galaxies ?
Des astres si grands
Et d'autres si petits ?
Et des trous noirs ?
Qu'y a-t-il derrière ? Allez savoir !
Big Bang
Mes certitudes tanguent
Tant de questions
Sans réponse. C'est à perdre la raison
Là-dessus surgit
La maîtresse de maison qui s'écrie :
« Malheureux !
Tu as encore oublié
Une casserole sur le feu
Tout a brûlé !
Ca ne devrait pas être permis
D'être aussi étourdi.»

— Gérard Miro

Dans la maison du rire

Dans la maison du rire
la bonne n'est pas sage,
et son bouquet éclate de rire.
Poussée devant, la timide tulipe
s'empourpre à vue d'œil.
La barbe de grand-père
a mis bien du désordre.

— Paul Sanson
Pastiche de Trenet.

Le journal d'un confiné

LUNDI.     Remplir attestation de déplacement dérogatoire
                Surtout, ne pas perdre espoir.
MARDI.     Marché fermé; tant pis !
                On mangera des conserves
                On en a en réserve.
MERCREDI. Cours de dessin supprimé... quelle vie !
                Maintenant, de plus rien je n'ai envie.
JEUDI.      Musées et cinés fermés
                 C'est à mourir d'ennui.
VENDREDI. Soucis en quantité
                Mauvaises nouvelles à la télé
                Je n'aurais pas dû l'allumer.
SAMEDI.     Pas un chat dans la rue,
                Je récite du « Baudelaire » : « L'espoir vaincu,
                 Pleure et l'Angoisse... »
                Je m'arrête et m'exclame : Quelle poisse !
DIMANCHE. Quitte à ne rien faire, autant rester au lit,
                 Quelle chance! la semaine est finie.

— Gérard Miro

            

Une bouteille à la terre

J'ai jeté une bouteille à la terre
La terre a bu la bière.
Après une ou deux ères,
Dedans germa une pousse littéraire.

J'ai jeté une bouteille à la terre
Toi, passant passant, mon frère
Si là tu vois les vers dans le verre vert
Pense à lire la pousse prisonnière.

— Paul Sanson


Ici, c'est leur cirque

L'important, c'est de bien prendre son élan
Question d'entraînement
Pour s'envoler un court instant
A la fin du tremplin
Comme c'est amusant !
A condition de ne pas se casser les reins
Planche ou patinette
Dans les deux cas, c'est chouette
D'un côté, un parking
De l'autre, le périphérique
Ici, c'est leur cirque
Parfois, ça fait « bing »
Mais rien ne les arrête
Puisqu'ils ont décidé de faire la fête.

— Gérard Miro

Le ceveu sur la langue.

Dessin G. Miro
Zé un ceveu sur la langue
Et pas un sur le caillou

Quand ze bois un peu, ze tangue
Et ze me traîne à zenou...
Zé de l'acné zuvénile
Malgré mes quatre-vingt-z'ans
Et c'est loin d'être facile
Car les zens sont médisants.

Zé aussi, c'est plutôt triste,
Un œil qui fait les cent coups
Et l'autre qui fait le pitre
Zé de plus un très long cou
On m'appelle la zirafe
Et ze suis vézétarien !

C'est pourquoi les gens s'esclaffent
Et qu'ils ne m'épargnent rien.

— Paul Julien, Le ceveu sur la langue (extrait)

La Rue Saint-Bon

À Paris, remonter la rue Saint-Bon
Ce n'est pas long
Cette petite rue
Il faut l'avoir vue
On dirait un décor de théâtre
Est ce que je rêve ?
Il me semble
Que trois coups on frappe.

Acte I : Un musicien de rue
Qui n'a plus un rond
Vient jouer un air d'accordéon
Pour nous souhaiter la bienvenue.

Acte II : Un autre « sans le sou » préfère
S'installer près de la Chapelle
Les passants, ils les interpelle
Ainsi : « Une pièce ou l'enfer ! »

Acte III : Ceux qui ont donné sont récompensés
Car notre mendiant ne manque pas de leur indiquer
L'endroit où éclata
Un obus de la grosse Bertha
Pendant la Grande guerre
La « Der des Ders »
C'était au numéro trois
Dans le dos, ça fait froid
Le temps a passé
Rideau! le spectacle est terminé.

De rêver, continuons
Mais d'une autre façon :
En dessinant
Puisqu'on a le temps
A un poteau, j'accroche mon vélo
Je prends mes pinceaux
C'est si beau, en toutes saisons,
La rue Saint-Bon.

— Gérard Miro

La machine à créer


C’est une machine (M) créée pour créer.
Elle a bien marché ; elle a créé un truc (t)
Personne (P) n’a compris ce... machin rose
Tous sont restés cois :
À quoi ? pourquoi ? c’est quoi ?
— On a jeté t
— On a jeté M
Elle n’a manqué à Personne.

— Paul Sanson

Paris-Plage 2055


Nous sommes en l'an 2055. Sous l'effet du réchauffement climatique, la calotte glaciaire de l'Antarctique s'est brisée et a fini dans l'océan, faisant subitement monter le niveau général des mers et océans de la planète. La ville de Paris est engloutie aux trois quarts et la mer (rebaptisée « Mer de Paris ») est maintenant à deux pas de l'Arc de triomphe. La vie a repris son cours et Paris-Plage est devenue une station balnéaire à la mode.

— Gérard Miro

Eurêka



Sur ma table à dessin
Ma page restait blanche
Le Maire m'avait donné carte blanche
Mais j'avais beau faire, je ne trouvais rien
Ayant froid, je branchai mon radiateur d'appoint
En le regardant, enfin l'idée me vint.

— Gérard Miro

Sur un concept de l’architecte Felipe de Castro.

Le retour du cosmonaute


Le centre de Kourou lui avait donné le feu vert
Il pouvait enfin sortir de cet enfer
Être confiné dans une station spatiale
Finalement, ce n'est pas génial
Il avait revêtu son scaphandre
Pénétré dans le sas
Tapé le mot de passe : « Alexandre »
La porte s'était ouverte ; c'était « sensas »
Mais il ne fallait pas trop s'éloigner
Avec les consignes, pas question de plaisanter.
C'est alors que Kourou lui demanda sur un ton comminatoire
S'il avait son attestation de déplacement dérogatoire
Il se demanda s'ils étaient devenus fous
Ou bien s'ils étaient  saouls.
Ce qu'on lui avait caché
Pour le ménager
C'est à son retour sur terre qu'il l'apprit :
Eux aussi étaient confinés
A cause d'une épidémie
Planétaire. Il en resta bouche bée
Et lui qui avait rêvé d'être accueilli en héros
Regretta de ne pas être resté là haut.

— Gérard Miro

Harry le lézard gris


Il n'est pas beau, un peu pataud, Harry.
Je l'ai découvert l'année dernière.
Je l'ai retrouvé au printemps, au coin de la maison.
J'aime lui dire des mots tendres et doux,
Il fait semblant de m'écouter.
Il aime peut être la musique des mots, qui sait !
Il aime prendre le soleil sur une pierre de coquillages.
Il aime se faufiler entre les petits pots de plantes grasses.
Pour lui, je pose chaque jour un peu d'eau fraîche.
Il n'est pas beau, un peu pataud, mais il est fidèle, Harry !

— Liliane Faucher